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 Aujourd’hui je pars car je ne supporte plus mon état : vidée je me sens complètement inutile. Je m’en vais et Dieu seul sait en quoi je vais me recycler. Je vous quitte à tout jamais, en ayant le soulagement de ne jamais m’être abaissée à traîner avec la pourriture, et avec la prétention d’être parvenue à toujours plaire. Chaque gorgée de vie qu’on m’a arrachée me donnait au moins la satisfaction d’offrir à mon ravisseur, ne serait-ce qu’un très bref instant, une délectable sensation de satiété même si, à mesure que son contentement augmentait, une angoisse profonde, de plus en plus saisissable me gonflait, m’emplissait et le vide, le vide creusait mon ventre me renvoyant à ma condition de bouteille plastique et à des réflexions, des doutes d’ordre ontologique du genre de ceux qu’une misérable bouteille comme moi ne devrait pas faire fermenter.

   Alors qu’au fur et à mesure de culbutes aux longueurs variables mais toujours renouvelées, le liquide si précieux qui m’animait s’amenuisait, je me remplissais de regrets. La lassitude commença à s’installer une semaine avant ma date de péremption, elle ne me quitta plus jamais. Au contraire, elle ne fit que s’accroître.

 Mon nom est 8 480017 542656, je suis une bouteille de yaourt à boire de la marque Dia. Je contenais à la fleur de l’âge 750g de boisson, j’étais censée expirer le 27/05, néanmoins, aujourd’hui, le 21 mai, j’ai déjà été intégralement bue. Je suis condamnée à finir dans une poubelle recyclable. Très prochainement. Juste après que je vous eusse raconté quelques bribes de ma vie. Ecoutez ma complainte.