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            Photo de Basquiat par Van der Zee

   Un astronaute atterrit sur un vieux caillou nu

Il lui dit:

« Tu sais j’en ai vu beaucoup des chauves comme toi, tu ne m’impressionnes pas! »

L’’astéroïde refuse de lui répondre.

Le temps passe. L’astronaute s’ennuie. Il s’imagine en train de jeter des pierres dans une marre au bord d’un chemin. Il jette des pierres grises. Elles ont des formes différentes. La première ne ressemble à rien. La seconde à une tête de chien, il hésite à la jeter. Il la tient à hauteur de ses yeux et la fait tourner. Soudain il est tiré de ses rêveries car il entend des bruits de pas venant du chemin. Il voit une jeune femme, ravissante, qui porte une longue robe blanche de fantôme. Soudain il est tiré de ses rêveries : l’astéroïde s’obstine à ne pas lui répondre.

   Il lui parle mais elle ne l’entend pas, ou elle le feint et se tait. Elle avance prudemment sur la route imaginaire qui l’a fait sortir de chez elle en ce jour qui suit le dimanche mais qui n’est pas le lundi. Elle évite toutes les flaques d’eau et la ligne sur laquelle ses pieds se posent zigzague. Dépasse sa réalité et elle se réveille

En baillant sur un astéroïde

Pendant qu’un astronaute devenu cosmonaute jette des pierres

Aux formes variées

Dans l’eau d’une marre.

La jeune fille parle à l’astéroïde :

« C’est parce que tu es nu et que pas un brin d’herbe ne recouvre ton crâne que les étoiles ne viennent plus te consoler. »

Elle l’entend pleurer.

Elle colle ses mains contre son dos. La souffrance qu’elle entend l’emplit de chagrin. Maintenant ils se sentent si tristes.

« Je vais partir » lui lance-t-elle. « Je vais partir mais je vais revenir ». Elle disparut.

Seul dans le vide interplanétaire, le petit rocher de l’espace broyait du noir avec gravité. Combien de temps s’était écoulé depuis que la jeune fille l’avait quitté ? Une minute, un an, un millénaire, l’éternité. Peut-être était-ce parce qu’il n’y avait pas de vent que le temps était ici si difficile à mesurer ? Lui a (le) temps. Et désespère. Il se dit qu’elle l’a oublié, que quelqu’un d’autre a eu besoin de son aide. Qu’elle est partie ailleurs, qu’elle a dévié complètement de sa trajectoire initiale, qu’elle l’a abandonnée, qu’elle l’a oubliée. Puis il ne pense plus à elle. Parfois en fait, il y pense. Mais il fait des efforts pour ne plus y penser. Et pourtant parfois, il l’imagine revenir. Parfois.

Un jour,

Elle revient.

A ses côtés, se tient un jeune homme souriant qui a l’air très gentil bien qu’un peu timide.

« Me revoilà solitaire astéroïde, je suis revenue comme je te l’avais promis. J’ai ramené avec moi celui qui est devenu mon mari. Il s’agit du décrocheur de planète. Nous sommes venus te délivrer. »

L’homme prit sa longue perche. La jeune fille sourit du sourire du bonheur. Tous sourirent. Tous étaient heureux. La petite pierre spatiale se sentait libre. Cette liberté laissait dans sa bouche une saveur comme il n’en avait encore jusqu’alors jamais ressenti. L’air frottait son visage et l’euphorie gagnait son cœur. La chaleur, une chaleur profonde, le réconfortait. Il s’embrasait. Ses amis le regardait partir au loin. Disparaître. Pendant que la jeune fille, une larme au coin de l’œil murmurait.

« File mon minuscule ami, file. »