nagash

Illustration: Nagash (Warhammer)

   Le pinceau que j’utilise pour peindre mes toiles est toujours le même. C’est un pinceau remarquable qui a plusieurs milliers d’années, il a été volé à l’un des plus grands mages de tous les temps. Cela s’est passé un matin, alors qu’il se brossait les dents, une ombre démoniaque invoquée par un nécromancien de seconde catégorie est venue lui dérober son bien.
   Aussitôt le bien dérobé, l’ombre fila à la vitesse de la lumière, mais au milieu de sa course, un golem de glace la saisit par le collet. En deux coups de poings ravageurs, l’ombre fut mise à terre. Le golem de glace ramassa le pinceau, son butin et marcha vers la toundra des barbares de l’est.
   Malheureusement pour lui, il devait, pour parvenir à destination, franchir le territoire d’un terrible dragon zombi. Ce dernier fut tout de suite informé de l’intrusion du golem. D’un seul mot, il invoqua une énorme météorite de feu noire qui tomba du ciel et réduisit instantanément l’intrus en cendres. Le dragon zombi ne se souciait pas du pinceau c’est pourquoi il le laissa sur le sol. Nuit après nuit, le pinceau s’enfonça dans les marécages.
   Un jour, la main d’un zombi fraîchement sortie de terre s’empara, par mégarde, du pinceau et le tint dans sa main droite à la manière d’un poignard. Une guerre épique opposait alors les redoutables forces du non moins redoutable comte des ténèbres aux démoniaques hordes des non moins démoniaques princes démons.
   Une escouade de l’armée humaine profita de l’occasion pour récupérer les marécages du dragon zombi. Mais très vite, les vaillants soldats furent repoussés, cependant l’un d’eux récupéra le pinceau. Il le rapporta au roi en gage d’espoir. Le roi fut aussitôt séduit par le présent. Etait-ce le fruit d’un plan maléfique minutieusement mis au point par le comte des ténèbres, ou simplement le fruit du hasard, le pinceau eut un effet tragique sur le roi. Au début, il perdit quelques cheveux, puis maigrit, son regard s’éteignit, sa peau devint plus froide. Son caractère se modifia lui aussi et de bon et juste qu’il était, le roi devint très vite d’une cruauté sans précédent pour le Royaume.
Il mangeait de moins en moins, la salle du trône était glaciale, on prétendait qu’il ne respirait plus, bref, le roi était devenu une liche.  Alors que l’armée des ténèbres accumulant défaite sur défaite était sur le point  de perdre la guerre qui l’opposait aux démons, l’armée des hommes intervint et usa de toutes ses forces pour l’assister. Les princes démons submergés battirent en retraite et perdirent beaucoup de leurs terres. Pour la première fois les limites de l’enfer avaient reculées.
Les conséquences furent terribles. Les plus hautes instances démoniaques, ivres de colère, investirent le plan terrestre où elles étaient mises en échec. Le ciel rougit pendant plusieurs jours. Pendant ce temps, dans la capitale de l’empire, le roi cédait son trône au comte maléfique, le sacrant Empereur des ténèbres. Il lui offrit son pinceau comme gage de fidélité. L’Empereur se servit de ce dernier pour tracer le pentacle runique le plus puissant jamais conçu.
Pendant plusieurs jours, accompagné de milliers de nécromanciens, il psalmodia un sort étrange que ses serviteurs suivaient difficilement. Personne ne savait ce qu’il préparait. Dehors, les démons avides de vengeance, aidés de puissants dieux dévastaient les terres de l’empire. Les morts ne se comptaient plus. La fin du monde semblait proche. Les armées de la nature, vieilles et fatiguées des combats, décidèrent de lancer leurs toutes dernières forces dans la guerre pour préserver la vie.
Les plus hauts arbres du monde sortirent de terre leurs racines, des élémentaires de toutes sortes, plus redoutables les uns que les autres, quittèrent leurs sanctuaires pour rejoindre le monde des humains, les archi-mages elfiques revêtirent leurs capes ensorcelées, sortirent leurs plus belles flèches, pendant que les hordes de nains quittaient les souterrains et cavernes remplies de gemmes portant sur leurs monstrueuses épaules d’impressionnantes armures et de très lourdes haches.
L’armée infernale parvint aux portes de la capitale humaine. Si la capitale tombait, le dernier espoir partait avec elle.  Elle devait tenir. Les forces de la nature restaient légèrement en retrait prêtes à attaquer. Une chose les retenait : un silence bizarre emplissait les rues de la capitale humaine. Aucun bruit. Les ombres des gardes semblaient irréelles.
Les démons eux aussi hésitaient. Avant qu’ils ne se décident, un immense éclair noir déchira le ciel, noir, des mains gigantesques surgirent, une créature squelettique gigantesque, d’une taille comme on en avait encore jamais vu, la plus grande créature de tout l’univers, s’introduisit sur ce pitoyable plan et dévora sans aucune pitié et sans distinction les membres des armées présentes.
La Mort s’abattait sur tous et l’Empereur ricanait. Les démons subirent les plus importants dégâts : les princes infernaux furent tous avalés par des cortex magiques, les démons majeurs tentèrent de s’enfuir vers d’autres plans et seuls deux d’entre eux, le plus puissant et le plus fourbe parvinrent à s’échapper. La Mort s’en prit ensuite aux humains et dévasta la ville. Tous moururent ou presque, car un petit bataillon de mercenaire parvint à gravir une haute montagne et désemparé à continuer d’assister, impuissant, à ce qui ressemblait de plus en plus à l’apocalypse.
Alors descendant de son trône végétale, le Grand Oracle, le Vivant parmi le Vivants, frappa son sceptre contre la terre et sacrifiant sa vie, embrasa le ciel faisant s’abattre une pluie éteignant jusqu’à La Mort elle-même et propageant une bienfaisante lumière. Pour les rares témoins, ce spectacle fut incroyable et dura l’éternité d’un instant qui se rejouerait encore et encore leurs cœurs et souvenirs. Après, il ne restait plus rien de la capitale, juste des ruines et le pinceau. Tout le reste avait disparu.
C’est mon père, l’un des mercenaires de la montagne, qui s’empara du pinceau. Je lui ai repris depuis, et je sais, je sais pertinemment aujourd’hui, que personne, cette fois, ne m’empêchera plus d’éteindre le monde.