E-critures

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19 mai 2008

Makoto no kokoro

calligzhen4a

    Au Japon, le samouraï vouait sa vie à un Seigneur nommé daimyo, cette dévotion, surtout quand elle était poussée à son paroxysme, était stupide et absurde. Cependant les rapports particuliers que ce type d’homme entretenaient avec la vie, avec la mort, avec sa mort et avec ses armes exercent aujourd’hui une fascination qui a su traverser les âges.

   Le samouraï est un instrument. Il est le prolongement d’une parole en un geste, il est un corps dont la fonction est de « couper ». La « coupe », en sabre, n’est pas une question de force. La coupe est une question d’harmonie. Sait couper celui qui, après avoir répété plusieurs dizaines de milliers de fois le même geste, sait le reproduire, au moment voulu, à la perfection. Reproduire à la perfection ne revient pas à refaire sans cesse exactement le même geste de la même manière. Reproduire à la perfection est l’acte (l’effacement complet de soi) sans l’action (la tentative de tuer l’autre) : la capacité à savoir retrouver chaque fois le calme propice à l’éclosion du geste juste. Cette sérénité porte en japonais le nom de « vérité du cœur » (makoto no kokoro). La vérité du cœur est cet état qui permet de dire, que ce soit avec le langage du corps ou celui des mots, l’expression juste et concise de soi à un moment donné. La vérité du cœur est cette capacité à intégrer parfaitement un ou plusieurs sujets dans un moment donné pour l’éternité. Celui qui s’intègre le mieux dans son présent, en disparaissant, devient insaisissable. Le déchiffrement de l’ultra contemporain est alors, plus que la capacité technique à manier une arme, le gage de la prolongation de la survie du praticien.


Posté par HELAS à 21:40 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

oh putain c'est beau!
je succombe aux charmes de tes mots gaetan!

Posté par marek, 26 mai 2008 à 21:44

Yo

Derrière tes mots (gestes jutes), n'y a-t-il pas la volonté ou l'envie de signifier que le samouraï moderne "prolonge" la quête de cette vérité ventriculaire, dans la fin de "couper juste" avec le mot. Commode, l'ésthète inoffensif peut maintenant toucher à la transcendance héroïque de la beauté du getse, en faisant l'économie des menaces sensitives de la violence.

Posté par Kazakhstan, 02 juin 2008 à 10:27

A marek

Si tu succombes au charme de mes mots, écoute bien ce qui suit:
"Tu vas aller à la banque et retirer tout ce qu'il y a sur ton compte, ensuite tu feras un virement à Gaotian et chaque mois tu lui reverseras l'intégralité de tes revenus."
Bon j'en profite pour dire que j'espère que tu vas finir par revenir nous voir, c'est bientôt les vacances!

Posté par Gaotian, 04 juin 2008 à 04:04

A Kazakhstan

Est-ce que tu es la personne qui est capable de me citer les noms de toutes les capitales du monde? Si oui très heureux de te revoir ici. Si non, enchanté de faire ta connaissance.
En écrivant le texte, j'ai pensé aux théories sur l'art contemporain qui en font par opposition au modernisme un art qui s'inscrit dans son temps sans opposition. Cependant j'apprécie l'idée que chacun peut y voir ce qu'il veut.
Si je comprends ton idée, cela revient à dire qu'un auteur serait comme un samourai moderne mais qui ne tuerait personne, est bien cela?
Si tu repasses par là je serai curieux d'avoir ta réponse.
Et quoiqu'il en soit, soit la ou le bienvenu(e)

Posté par Gaotian, 04 juin 2008 à 04:16

Un beau texte vraiment!
Un belle morale sur une façon de voir la vie!

Posté par célia, 23 juin 2008 à 16:02

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