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    Au Japon, le samouraï vouait sa vie à un Seigneur nommé daimyo, cette dévotion, surtout quand elle était poussée à son paroxysme, était stupide et absurde. Cependant les rapports particuliers que ce type d’homme entretenaient avec la vie, avec la mort, avec sa mort et avec ses armes exercent aujourd’hui une fascination qui a su traverser les âges.

   Le samouraï est un instrument. Il est le prolongement d’une parole en un geste, il est un corps dont la fonction est de « couper ». La « coupe », en sabre, n’est pas une question de force. La coupe est une question d’harmonie. Sait couper celui qui, après avoir répété plusieurs dizaines de milliers de fois le même geste, sait le reproduire, au moment voulu, à la perfection. Reproduire à la perfection ne revient pas à refaire sans cesse exactement le même geste de la même manière. Reproduire à la perfection est l’acte (l’effacement complet de soi) sans l’action (la tentative de tuer l’autre) : la capacité à savoir retrouver chaque fois le calme propice à l’éclosion du geste juste. Cette sérénité porte en japonais le nom de « vérité du cœur » (makoto no kokoro). La vérité du cœur est cet état qui permet de dire, que ce soit avec le langage du corps ou celui des mots, l’expression juste et concise de soi à un moment donné. La vérité du cœur est cette capacité à intégrer parfaitement un ou plusieurs sujets dans un moment donné pour l’éternité. Celui qui s’intègre le mieux dans son présent, en disparaissant, devient insaisissable. Le déchiffrement de l’ultra contemporain est alors, plus que la capacité technique à manier une arme, le gage de la prolongation de la survie du praticien.