11 mai 2008
Goutelettes plastiques
Un sac plastique près d’une
forêt,
Qu’une vache fugueuse ne tardera
pas à avaler,
Retenu par l’herbe rase,
Se répand dans le champ.
Quelques gouttelettes,
Touristes d’un soir venant de la
dernière averse,
Glissent sur ses sillons sales.
D’abord joyeux, changent très
vite leurs cris,
La chorale muette de l’aube,
Chaque jour,
Prisonnière des rayons du soleil
se levant,
Monte au ciel comme les grands
parents des enfants.
10 mai 2008
Eternuement
Un sac plastique gravite,
Entre sol et plafond il lévite,
Une plume,
En se posant,
Crie timidement,
Crépite,
Impatiente,
Le prochain coup de vent.
09 mai 2008
Chaussure rouge
Une chaussure traîne dans une
corbeille rouge.
Une chaussure dont l’un des
lacets défait traîne sur le sol et se colle au bitume comme une langue râpeuse.
Rouge. Le tapis.
Une chaussure rouge dans une
corbeille, traîne.
Une corbeille rouge sur le tapis
rouge traîne dans un coin.
Une corbeille posée sur le sol et
de laquelle dépasse négligemment la pointe d’une chaussure rouge.
Une corbeille de laquelle dépasse
le bout d’une chaussure rouge négligemment posée sur un tapis rouge, lui aussi.
Une corbeille sous un tapis au
dessus duquel sont posés des chaussures traîne négligemment sur le sol, devant la porte d’entrée et bloque le
passage.
Le passage bloqué par une
corbeille rouge contre laquelle une chaussure rouge négligemment retournée est
posée, mène à l’escalier au tapis rouge.
Une petite corbeille traîne dans
une grande chaussure.
Tapis. Chaussure. Corbeille.
Rouges. Traînent.
08 mai 2008
Fin de partie
La carte que Sarin joua n’était pas celle qu’un joueur expérimenté aurait normalement choisie, cependant le coup était audacieux. Les deux autres joueurs parurent comprendre immédiatement le pari risqué que ce valet de trèfle posé négligemment sur le tapis vert signifiait.
Sarin se mit à les observer attentivement, l’un après l’autre, en prenant soin de les regarder droit dans les yeux et de ne pas détourner le regard.
Le premier arborait un large sourire qui lui débordait de sur les lèvres et recouvrait tout son visage, la mimique inhumaine s’amplifiait à mesure que le temps passait, le plissement monstrueux de joue semblait prêt à avaler quiconque ne se montrerait pas suffisamment vigilant.
Le second mâchonnait un cigare dont l’odeur répugnait à Sarin, lui retournait le ventre, il portait une chemise blanche à fleurs rouges et un béret gris. Ses cheveux étaient gras, sa barbe éparse et mal rasée. De la chaire flasque chargée de bourrelets s’échappait de-ci de-là aux extrémités de ses vêtements.
Une chaise grinçait, deux pieds tapotaient le sol de manière irrégulière, un pouce frottait rapidement et successivement le bord d’une carte. La flamme d’un briquet s’alluma, lécha le bout d’une cigarette : un nuage d’une fumée peu épaisse se mêla à celle du cigare.
-Je me couche dis le premier homme.
Le second continuait à s’agiter « discrètement » sur sa chaise. Sarin avait déjà remarqué que son adversaire se laissait aller à ce tic chaque fois qu’un dilemme important l’obligeait à effectuer un choix crucial. L’hésitation lui donnait envie de se gratter les fesses !
Tout d’un coup, sous la pression, la chaise céda, l’homme au cigare bascula en arrière et ses cartes volèrent, lancées par deux énormes bras tentant alors de remplir leur rôle de balancier. Un instant, le sourire du premier joueur s’estompa. Les yeux de Sarin tombèrent sur un trois de cœur et un cinq de carreau. Ses yeux commencèrent à briller et leur éclat, grandissant, jaillissait d’un des recoins les plus profonds de sa pupille à mesure que les râles intempestifs du perdant terrassé, le visage recouvert de cendres de cigare, remplissaient la salle.
07 mai 2008
55 555
Ecrire pour dire fuck you aux étoiles filantes et écouter Gottlieb raconter comment il fouettait les chats avec les bouts de ses tableaux ratés. Ecrire pour éviter les courants d’air les cheveux mouillés, pour attraper un avion en vol et le jeter sur la plage au milieu des carcasses de baleine. Ecrire comme des soutiens gorges volés, écrire comme un aéroplane enflammé.
Ecrire, oui, écrire pour raconter la chute mortelle d’un enfant entre les bandes blanches du passage piéton, écrire pour rapporter le nom déformé de dernier marin noyé, écrire pour s’enfermer dans une petite pièce à l’abri des ombres de Tchernobyl. Ecrire pour pouvoir continuer à mettre la main devant les yeux afin de se cacher du soleil. Ecrire pour éviter d’ouvrir le ventre des extra-terrestres. Ecrire pour se suicider collectivement en rêvant du prince charmant. Ecrire pour mettre ses mains contre ses oreilles et ne pas entendre le chant des oiseaux. Ecrire pour trouver une raison valable de s’enfermer dix heures de suite dans une pièce puante les volets fermés pendant qu’un temps magnifique occupe la plupart des citadins. Ecrire pour ne plus manger des bouts de viande impropres à la consommation. Ecrire pour utiliser moins de produit quand il s’agit de laver les chargeurs de révolvers. Ecrire pour augmenter le quotient intellectuel des concepteurs de mine anti-personnel. Ecrire pour apprendre à regarder en face une araignée tisser sa toile. Ecrire comme on fait tomber un peu de terre involontairement dans une marmite.
Ecrire comme on ne prend pas garde à un sac, rempli d’habits, de toutes sortes, de toutes le couleurs, un sac rouge avec des lanières grises qui vomit son contenu énergiquement, avec l’énergie du désespoir, qui vomit et étale son contenu sur le plancher, propre, dans la plus totale indifférence.
Ecrire pour ouvrir plus rapidement des boites de cassoulet lyophilisées. Ecrire pour déchiffrer un code, un code secret si important, que les deux seules personnes qui connaissent son existence, n’ont pas de papier. Ecrire pour s’imposer dans les plus vils pugilats, recourir spontanément à l’envoi de sable enflammé enrobé dans des chiffons à l’huile de térébenthine, et faire s’écrouler ses ennemis sur un parquet dont on ne s’occupe plus. Ecrire pour huer les nuages et les couvrir des reflets verts de la mer avec un feutre magique. Ecrire pour altérer la réalité à la manière qu’ont les pop-corns de gonfler dans le micro onde.
Ecrire, oui, écrire contre, écrire contre tous les ascenseurs incapables de supporter une charge supérieures à leur propre poids, écrire contre cette venimeuse fourmi qui parce qu’elle s’était léchée le dos en a voulu à la terre entière, écrire contre le courant du torrent, froid et puissant, révolté, et indisposé à toute forme de conversation civilisationnelle. Ecrire contre le discours du monde que des actes espacés forgent progressivement et dont nous, humains, nous passionnons à renouveler toujours différemment la non-entente, écrire contre le silence de Dieu. Ecrire contre la voix de certains chanteurs de variété, écrire contre les augmentations en tout genre, écrire contre une variété de banane, jaune, dont la peau renfermerait une substance marécageuse et apocalyptique et dont la seule vue provoquerait une pandémie terrible que seul un héros habillé d’un beau chapeau serait en mesure de stopper. Ecrire contre l’écriture, écrire contre les ratures. Ecrire avec du sel. Ecrire pour commencer. Ecrire contre le remue-ménage. Ecrire seul. Ecrire tendrement. Ecrire en étant occupé. Ecrire en faisant semblant d’écrire. Ecrire comme on passe un coup de balai. Ecrire en passant un coup de balai. Ecrire avec un magnétophone.
Ecrire depuis un ordinateur, écrire depuis un porte-avion. Ecrire depuis un bateau en papier fabriqué par un enfant mais projeté dans une dimension parallèle où sa taille aurait été multipliée par un million et dont la possession serait l’un des principaux objectifs militaires de deux clans en guerre. Ecrire depuis le fond d’un sac plein d’habits.
Ecrire depuis une consigne dont tout le monde aurait oublié l’existence. Ecrire amoureusement. Ecrire froidement. Ecrire en feignant d’écrire froidement, ou en feignant d’écrire amoureusement. Ecrire depuis le fond d’une bouteille de ketchup et se retrouver projeté sur un plat, entre deux œufs sur le plat. Ecrire entre deux chiffons dans un tiroir. Ecrire dans le froid. Ecrire bien au chaud. Ecrire dans son lit. Ecrire sans chaussettes. Ecrire et être couvert. Ecrire et être imprudent. Ecrire et ne pas dire grand-chose. Ecrire et raconter sa vie. Ecrire et raconter celle des autres. Ecrire et s’arrêter pour aller acheter des cigarettes. Ecrire des textes salaces et les mettre dans la machine à laver, à 30° pour les rendre plus propres. Ecrire et vendre. Ecrire et acheter. Ecrire et acheter son propre livre pour augmenter sa retraite. Ecrire malicieusement. Ecrire la tête à l’envers. Ecrire au bout d’une corde. Ecrire avec un stylo. Ecrire avec sa tête. Ecrire devant un bout de sparadrap posé sur une table basse en verre. Ecrire entre deux colonnes grecques. Ecrire entre deux tasses de café. Ecrire habillé d’une armure pesant plus de soixante kilos, écrire et être incapable de tirer l’épée. Ecrire comme on joue aux dés.
Ecrire et vivre. Ecrire et mourir. Ecrire et sourire. Ecrire et revenir. Ecrire et partir. Ecrire et ne jamais finir. Ecrire et s’ouvrir. Ecrire et se retenir. Ecrire et s’affermir. Ecrire et dormir. Ecrire et sentir. Ecrire et sortir. Ecrire et courir. Ecrire et ternir. Ecrire et souffrir. Ecrire et lire. Ecrire et salir. Ecrire et nuire. Ecrire le pire. Ecrire le lundi. Ecrire le mardi. Ecrire en janvier. Ecrire le dernier.
Ecrire le nom de l’homme le plus rapide de la voix lactée dans le lancé de langue articulé. Ecrire le nom de la personne dont les lignes des pieds correspondent exactement aux rides du visage de son frère de quatre ans son aînée. Ecrire le nom du poisson qu’on a fait frire. Ecrire le nom des étoiles qu’on allume d’un coup de crayon optique depuis l’écran d’un super calculateur nouvelle génération. Ecrire le nom de l’inconnue qu’on a manqué de renverser avec une camionnette tagguée, la peinture écaillée, un phare cassé et immatriculée « I Love U » un soir de pluie et de brume où ton haleine sentait l’alcool. Ecrire le nom des gouttes de rosées poser sur les feuilles des vertes plantes. Ecrire le nom du sauveur aux grandes jambes, aux longs doigts effilés, portant un bracelet couleur d’or et une chevelure épaisse aux reflets d’argent et dont quelques paroles suffisent à réchauffer le cœur des hommes, à réveiller en eux l’humanité raffinée qu’aucune animalité ne peut pervertir. Ecrire contre la contingence. Ecrire pour la promiscuité. Ecrire le nom de ses biscuits préférés sur une ardoise noire mais pas à la craie, avec un feutre de couleur effaçable. Ecrire la folie, écrire la raison, écrire sans ses ailes, écrire avec passion, écrire de mauvais augures, écrire un bon spectacle, écrire, écrire, écrire.
06 mai 2008
Unconpréexotisme
-Je ne comprends pas. C’est du chinois ?
-Wo bu dong hua, zhe she pu tong
hua ma?
- Zhe shi « bu dong hua ».
-C’est du "chinois".
En Chine, quand on parle de la
langue chinoise officielle, on utilise l’expression « pu tong
hua ». La prononciation de cette expression ressemble beaucoup à celle de
l’expression « bu dong hua » qui signifie ne pas comprendre une parole.
En français, l’expression
populaire « c’est du chinois » permet de signifier la
non-compréhension d’une parole ou d’un texte.
-我没懂。我一点儿也没懂!
-没有问题。这个作课恨恨恨恨恨恨错。
-不好不好不好! 这是法文课文.
-阿!法国人!...
Je n’ai rien compris.
- Normal, c’est du chinois.
-Ah ces chinois !…
05 mai 2008
Entrenuit #02
Le radio réveil clignotte. La nuit, pendant qu’il dort, le dormeur rêve ; lors de ses rêves, il agit plus que jamais, plus que le jour, plus que toujours. Mais ses actions ne causent aucun dégât, ne provoquent aucun changement, n’altèrent en rien le réel. Il dort. Le radio-réveil clignotte. La nuit, chaque nuit, le dormeur apprend. Il expérimente. Il réalise que toute croyance en un résultat est vaine. Il apprend que le non-agir est le seul agir. Il apprend que, dès qu’il baille, il ouvre la bouche bien plus que quand il parle. Il sent que ses yeux se plissent. Chaque nuit, le radio-réveil clignotte, et pendant l’espace d’une demi-seconde, le temps. S’arrête.
04 mai 2008
Entrenuit
Il regarde la montre : 22H22. Il se réveille. Il tourne dans le lit. Humide. Ses habits collent à sa peau. Le courant d’air par la fenêtre. Ouverte. Noire. Il regarde la montre : 2H22. Il se réveille. Il sort d’un terrible cauchemar. Le nez bouché. Il est couvert de transpiration. Il regarde la montre : 1H11. Il se réveille. La sonnerie l’a tiré hors de son sommeil. La violence matinale d’un nouveau jour point. Il dormirait bien encore une heure ou deux. Le jour filtre à travers les volets fermés. Le verbiage lumineux, agglutiné contre ses volets, s’apprête à envahir la pièce. La porte de son frigo. Il passe dans la salle de bain. Il se mouille le corps. Le visage. 22H22 : il se réveille. Il a très envie d’aller aux toilettes. Il se lève. Il a la gorge sèche. Il allume la lumière. Jaune. Etouffée par les ténèbres. Ne perce pas. Le radio-réveil dans la nuit s’éteint. La panne de courant est fatale. 0H00 clignote. Clignotte. Clignotte. Le jour se lève. 7H00 ne sonnent, il ne se réveille pas. Se blottit contre son oreiller. Profondément endormi. Il sourit.
03 mai 2008
A steack #09
Il remarque une curieuse, étrange, bizarre créature. Juste à côté de son pied. Minuscule. Rouge fluo. Elle s’envole au dessus de la foule. Tout cela se passe très vite. Ils ralentissent. Il entend Warhola dire : « Il ne faut pas les rater, c’est un spectacle exceptionnel et on ne sait jamais où et quand ils se produiront à nouveau ». Le silence envahit la foule. Ils avancent doucement en prennant garde de ne pas écraser de pieds. De ne pas bousculer d’épaules. Ils se faufilent. Un grand cercle vide. Il ne voit rien au début, puis il distingue une sorte de forme se découper. A peine perceptible. Néanmoins humanoïde. Il dit : « mais il est invisible. » C’est une femme. Warhola s’exclame : « mais tu parles !!! ». Il blêmit. Les regards se tournent vers eux. « Euh…oui ». Le brouhaha. Warohla : « C’est un miracle ». La femme invisible a disparu. Les gens l’entourent. Le soulèvent. Et le porte au-dessus de leur tête. Warohla n’est pas loin en dessous. Toujours accompagné de la jeune fille. « C’est un miracle ! C’est un miracle ! C’est un miracle ! Abracadamiracula » scande la foule. Pendant que dans son fors intérieur une voix s’écrie : Mais ils sont fous ! Mais ils sont fous ! je suis perdu. Au fait il est quelle heure… »
02 mai 2008
A steack #08
Soudain se dresse devant lui une lourde porte en bois. Elle s’ouvre. Warhola entre. Beaucoup de gens. Beaucoup. Beaucoup. Beaucoup. Le plafond en pierre cache le ciel. Dans le ventre de la montagne. Serait-ce réellement une ville ? Toute une cité troglodyte ? Il n’a jamais entendu parler d’une telle chose. Il bouscule. Se fait bousculer. Les gens le regardent. L’évitent. Lui sourit. Ont des airs indifférents. Sont grands. Petits. Habillés de toutes les couleurs. Il ne voit plus Warohla. Il panique. Pourquoi ? Son seul point de repère. Le sourire de Warhola. Quelques mètres devant sur sa gauche. Parle à une jeune fille. Il est habillé en bleu. Retenir ce bleu pour éviter de le perdre. Un groupe passe. Violet. Rouge. Bleu Warhola. Un autre groupe. Vert. Bleu clair. Vert. Bleu. Warhola. Il arrive à ses côtés. « Ah ! j’ai bien cru t’avoir perdu. C’eût été dommagissime. Je te présente… Quelle est votre nom déjà belle demoiselle au visage jolisyeuté ?... ». Il n’entend pas la réponse. Elle est trop loin. Les cheveux d’or. Il regarde aux alentours. La foule est impressionnante. Pourquoi tous ces gens s’abritent dans une sombre caverne alors qu’ils pourraient vivre dehors ? A l’air libre. Il s’apprête à poser la question : « Pourqu… » mais il remarque loin devant à sa droite un mouvement de foule. Les gens s’écartent. Ils laissent passer…quelque chose. Il n’arrive pas à voir quoi. Warhola crie plusieurs mots incompréhensibles. Des clameurs les étouffent. Il est très enthousiaste. Il attrape la fille par la main. La fille sourit. Il les suit. Ils partent tous en direction de la mystérieuse apparition. Warhola connait bien la région pour quelqu’un qui n’ait que de passage. La fille lui saisit la main. Attiré. Légèrement déséquilibré. Il court à moitié en même temps qu’il regarde sa montre. Elle est cassée.





