Edition
«Elle le regardait avec les yeux de la femme qui aime. Il lisait. Une connerie. Comme d'habitude. Il s'était pris de passion pour des ouvrages pompeux, n'y comprenait rien, mais devant ses amis quand négligement sortait couverture d'un «bon Capote», toujours bien ça faisait. «J'adore la littérature chinoise» une fois avait-il dit. Et de parler du «dernier Y... Hu...», «j'ai même une dédicace!».
Les pages, autant d'obstacles à franchir pour accéder à savoir. Finir un bouquin comme on pille une église. C'est à dire : encore plus con. Plus riche et plus con. Ne suffit pas pour être heureux.»
Il referme la dernière page, le plus beau texte jamais écrit. Aucun doute, même si depuis deux jours pas dormi, s'empresse de chez un éditeur l'emmener, fini la vie où se nourrir de plats instannés, à lui maintenant les plus beaux quatiers. Le taxi à l'adresse indiquée l'avait emmenné. C'était chiant d'attendre. Les cinq dernières minutes avant célébrité. Ouvre la porte si fort que fait un trou dans le mur, la clenche en or dans sa main. La laisse tomber derrière lui, la secrétaire-réceptionniste-maîtresse:
-Vous êtes?
-Là. J'entre.
Coup de pied dans la porte, la défonce, entre jette le manuscrit sur la table. En plein milieu d'une réunion.
-Quoi?
-Voilà le meilleur texte de toute l'histoire de l'humanité.
L'éditeur regarde la première page, la tourne. Et visiblement énervé:
-C'est de la grosse merde.
Les feuillets, l'éditeur à ses compagnons fait passer, tous d'acquiescer.
Alors il blanchit, tremble son coeur un bond en avant, crise cardiaque. Sur le sol écroulé, un sourire parce que persuadé, nouveau Kafka lui était.