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 Le jaune de la boîte aux lettres n’empêcha pas le roller-man de s’y encastrer. Le choc retentit et l’on aurait dit le volet de fer d’un magasin qui tombait accidentellement. Très vite, on entendit les sirènes bleues de l’ambulance chanter l’appel de l’hôpital.

 Les portières claquèrent. La foule bariolée de passants monochromes posait comme un tableau de Malévitch éclaté. Leurs regards torves étaient une adresse collective à la Mort. Des ignis fatuus répulsifs devant la ramener sur le droit chemin : tout droit là ou reposait le jeune homme inconscient.

 Mais la mort a ses raisons que la raison ignore. Au moment où le balancement horizontal du menton de l’ambulancier numéro deux en direction d’une vieille connaissance de café perdue au milieu de la foule semblait signifier : « pas de bol, le pauvre gars est mort », une grosse dame émit une sorte de cri bizarre qui, au départ ressemblait plus à un rire déplacé qu’à un cri d’agoni –et qui fut perçu comme tel- et qui se changea finalement en un cri encore plus étrange mais qui cette fois ressemblait plus à un cri d’agonie qu’à un gloussement. Néanmoins personne n’y prêta attention –où ne voulut le montrer- car ce second cri –et c’est horrible- parut –encore plus que le premier- complètement inapproprié à la situation puisque dans le brancart, le roller-man s’était soudain relevé, tout feu tout flamme et s’était même mis à rouler à nouveau sur ses patins.

 L’homme et la grosse femme, tous les deux, roulèrent.