Les rats sont morts. Ils puent. Des tâches bleues ponctuent leurs corps.
   La mort est un cheval de Troyes. On ne sait jamais quand elle attaquera. Si elle se décide, c’est qu’elle a déjà remporté la victoire. Les moisissures sur le corps des charognes sont les premiers signes visibles de la défaite des vivants. La mort est si méticuleuse que bientôt elle ne laissera rien. Le perfectionnisme de la mort n’a d’égale que sa gourmandise. Et la peu de viande que ces pauvres bêtes représente ne l’empêchera pas bien longtemps de chercher à nouveau à se nourrir. La mort rôde et elle tombe sur celui qui la fuit telle la nuit. Aucun mur ne protège du froid. Aucun plafond ne protège de l’ombre. Aucun vêtement, aucun abri, aucun rempart ne protège de la mort.
   Les rats sont morts et ils puent. Je les ai jeté dans le feu pour qu’ils brûlent. Je préfère que ce soit lui qui les consume. Malgré son air espiègle les flammes ont toujours l’air content, et elles font briller les yeux, réchauffent les mains, rapprochent les hommes. J’aime le feu à condition qu’il ne me brûle pas. Avec le feu, tout comme avec l’amour, ce n’est qu’une question de distance.
   Les rats ont brûlés et ils planent maintenant dans la pièce sous forme gazeuse. Puisqu’ils n’ont jamais eu conscience de leur existence, qu’est-ce que cela change pour eux ? Je leur avais donné des prénoms, comment c’était déjà ?
A présent ils ne sont plus là, ils se sont glissés pour la première fois entre les barreaux de cette fenêtre qui ne mène vers aucun dehors. Me laissant seul, je les envie un peu.