Plus le tableau est grand et plus il faut y jeter de peinture. C’est fatigant et ça coûte cher. Mais c’est toujours moins chiant que de faire des miniatures de rien du tout. Les miniatures, il faut vraiment s’appliquer. Je déteste m’appliquer. S’appliquer (silence) c’est de la merde. Alors je prends de grands tableaux. Je ne les peins pas. Je ne les laisse pas non plus tels quel. Parce que le minimalisme (silence) c’est de la merde. Je prends de l’alcool et j’en renverse un peu partout dans la baraque où je travaille. Si possible chez un mec qui pense que je suis son ami. L’amitié (silence), c’est vraiment de la merde. Je mets de l’alcool partout et ensuite j’allume une cigarette. Puis une autre. Etc. Les cigarettes (silence), c’est de la merde. Au bout d’un moment, une cendre mal éteinte finit toujours par tomber sur la toile qui traîne à mes pieds. Mes pieds (silence) sont recouverts de merde. Elle s’embrase finit de noircir le tableau. Le studio ou autre commence à cramer. Un voisin appelle les pompiers. Il y a toujours un voisin pour appeler les pompiers et les voisins comme les pompiers (silence) c’est vraiment de la merde. Je pisse sur la toile pour l’éteindre et souvent je vomis aussi dessus et cette dernière action n’est jamais volontaire. Parfois je m’évanouis. D’autres fois je saute par la fenêtre. Une autre fois encore je me suis regardé dans la glace comme si j’étais hypnotisé par moi-même, subjugué par mon art. Les pompiers défoncent la porte. Quand je le peux je ramasse ma toile. Dans la descente des escaliers. Il y a toujours des escaliers. Je la frotte contre les poiles de mon torse. Je respire l’air frais du dehors. Je  rentre chez moi. Je dors. Je me refais une santé et je vends mon tableau. Cher. Très cher. L’œuvre est côté en bourse. Je suis riche. Je suis très riche car je vends beaucoup de tableaux et mes tableaux (silence).