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   Penser comme une mitraillette, ce n’est pas être doté d’une pensée assassine, c’est penser à toute vitesse, une PVG si vous préférez (Pensée à Grande Vitesse). Nous pensons bien sûr qu’il est propre à la pensée de s’effectuer toujours à grande vitesse, oui toutes les pensées s’effectuent bien plus vite que la vitesse de la lumière, d’ailleurs dans beaucoup de films SF (ScientiFiques) la vitesse de la pensée est ce qui remplace la vitesse de la lumière. Oui mais si toutes les pensées vont plus vite que des fusées, dire penser c’est déjà dire que penser c’est comme une mitraillette. La question est alors de se demander si les différentes pensées vont à des vitesses différentes et si ces différences sont mesurables. Si elles sont mesurables il convient de les étudier, de les comparer, et de tracer des tableaux, des graphiques, etc. pour enfin savoir si oui ou non il y a des esprits lents et surtout lesquels ils sont (on me fait savoir que beaucoup d’entre eux occuperaient de hauts postes, je ne ma rabaisserai pas à donner des noms, mais sachez que la… euh… les plus hautes instances politiques sont touchées). Attention nous ne disons pas qu’avoir un esprit lent est le pire des défauts, ou même est un défaut. Tout ce que nous faisons n’est que mathématique,  nous cherchons à calculer, à étudier les vitesses de la pensée. Si nous parvenons à des résultats, nous pourrons de cette manière définir les étendues maximales que nos pensées parcourront durant nos vies.
Avec quelques petits problèmes soit, je vous le concède. Attardons-nous un instant sur ces derniers : d’abord pensons-nous tout le temps à la même vitesse ? Parfois comme de baisses de tension, j’ai l’impression d’être victime de baisse de pensée, ma mémoire vive ralentit, je rame, les connexions synaptiques floodent, je lague, je suis fatigué de penser. Et quand je suis fatigué je fais comme tout le monde aujourd’hui,  je… continue de travailler, d’abord ; ensuite comme tout le monde, je prends les transports en commun pendant quarante cinq minutes, et enfin comme tout le monde je m’occupe de moi (j’achète à manger, je range le linge, je vérifie les devoirs…), et envraifin, je vais me coucher en essayant d’oublier les saoulards qui crient en bas dans la rue. J’espère dormir.
  Je dors mais quand je dors, deuxième problème, continué-je toujours de penser ? Je rêve me direz-vous, je rêve beaucoup d’ailleurs car je dors beaucoup (presque trois heures par nuit, je me risquerai bien à une quatrième mais il faut une dérogation que seuls quelques spécialistes attribuent et ce n’est pas remboursé par la sécurité sociale) (et est-ce si sûr que la quantité de sommeil favorise la quantité de rêve ?), je suis un grand rêveur, et comme tous les grands rêveurs je rêve quand je suis éveillé. Le rêve n’est sans doute pas la pensée, c’est une errance (quelle est la vitesse propre au rêve, existe-elle aussi, je pense qu’elle est supérieur à celle de la pensée, car quand je rêve je vais beaucoup plus loin que quand je pense) il faut alors soustraire toutes ces « divagations » (on commencera jusqu’à ce que des études plus poussées nous contredisent, par dire que le rêve n’a pas de vitesse) du total kilométrique que pourrait parcourir ma pensée.
  Enfin, comment définir la vitesse de pensée ? Je veux dire : en kilomètre heure ? Mais alors faut-il la calculer sur un jour, une journée ? effectuer plusieurs mesures et faire une moyenne, ou suivre un patient sur une longue durée et dresser la moyenne à partir de nos études ? En pensée par jours et ensuite convertir si on le souhaite ?
   La vitesse de la pensée est, nous espérons l’avoir prouvé, une vitesse complexe à étudier. Pour faciliter nos travaux, nous proposons de mettre à nu, ou d’essayer de le faire, à travers quelques textes, notre pensée afin que puisse être calculé sa vitesse. Nous n’aurons recours à aucun artifice et avons beaucoup d’espoir dans les progrès que pourrait fournir une telle recherche. Ainsi nous espérons, entre autres, qu’un jour nous pourrons empêcher de naître tous les enfants qui auraient… auront des chromosomes de pensée lentes, que nous pourrons vivre plus heureux en pratiquant la chirurgie pour accélérer la pensée et que nous savourerons un bien être collectif sans précédent parce que nous aurons trouvé le moyen de mettre entièrement au service de l’état, à cent pour cent, une pensée efficace sans rêves nuisibles.
   Voilà donc toute notre pensée.