Le tracteur  roule et ses grosses roues écrasant la boue. L’enfant au t-shirt troué regarde par-dessus la botte de foin, au-delà de ses lunettes sales. Il porte des bottes en caoutchouc, un large sourire et un seau contenant un peu de lait. Il écoute le moteur de l’engin qui résonne dans son propre cœur, monte, monte plus loin que le dernier barreau de l’échelle et s’envole avec la fumée noire de la cheminée. Tire de sa poche une feuille de papier craquant, pliée en quatre. Soigneusement la déploie et ses yeux, d’immobiles et brillants qu’ils étaient, s’agitent soudain : de gauche à droite, de gauche à droite, de gauche à droite…

   Le seau de lait posé à quelques centimètres, à peine, de sa botte jaune, menace d’être, par mégarde, renversé : néanmoins la menace, à mesure que les rayons du soleil déchirant les nuages innondent le visage de l’enfant, s’atténue, tant et si bien qu’elle en devient fantôme : « Papa m’a écrit, papa va rentrer ! ».

   Mais !
L’on entend. Juste un peu plus loin,
appuyée sur le pas de la porte,
dans une longue robe noire,
sa mère
en train de sangloter.

tracteur

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