08 mai 2008
Fin de partie
La carte que Sarin joua n’était pas celle qu’un joueur expérimenté aurait normalement choisie, cependant le coup était audacieux. Les deux autres joueurs parurent comprendre immédiatement le pari risqué que ce valet de trèfle posé négligemment sur le tapis vert signifiait.
Sarin se mit à les observer attentivement, l’un après l’autre, en prenant soin de les regarder droit dans les yeux et de ne pas détourner le regard.
Le premier arborait un large sourire qui lui débordait de sur les lèvres et recouvrait tout son visage, la mimique inhumaine s’amplifiait à mesure que le temps passait, le plissement monstrueux de joue semblait prêt à avaler quiconque ne se montrerait pas suffisamment vigilant.
Le second mâchonnait un cigare dont l’odeur répugnait à Sarin, lui retournait le ventre, il portait une chemise blanche à fleurs rouges et un béret gris. Ses cheveux étaient gras, sa barbe éparse et mal rasée. De la chaire flasque chargée de bourrelets s’échappait de-ci de-là aux extrémités de ses vêtements.
Une chaise grinçait, deux pieds tapotaient le sol de manière irrégulière, un pouce frottait rapidement et successivement le bord d’une carte. La flamme d’un briquet s’alluma, lécha le bout d’une cigarette : un nuage d’une fumée peu épaisse se mêla à celle du cigare.
-Je me couche dis le premier homme.
Le second continuait à s’agiter « discrètement » sur sa chaise. Sarin avait déjà remarqué que son adversaire se laissait aller à ce tic chaque fois qu’un dilemme important l’obligeait à effectuer un choix crucial. L’hésitation lui donnait envie de se gratter les fesses !
Tout d’un coup, sous la pression, la chaise céda, l’homme au cigare bascula en arrière et ses cartes volèrent, lancées par deux énormes bras tentant alors de remplir leur rôle de balancier. Un instant, le sourire du premier joueur s’estompa. Les yeux de Sarin tombèrent sur un trois de cœur et un cinq de carreau. Ses yeux commencèrent à briller et leur éclat, grandissant, jaillissait d’un des recoins les plus profonds de sa pupille à mesure que les râles intempestifs du perdant terrassé, le visage recouvert de cendres de cigare, remplissaient la salle.
Commentaires
Excellant;un petit bout de vie d'un joueur de poker!
Mais comme beaucoup de tes textes cela pourrait très bien être un début d'histoire voir de roman!
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