Adossé contre un mur il regarde une armée de pied passer et se demande si les pas de ces gens laisseront des empreintes. Il boit son soda et doute, les glaçons restent au fond. La journée ne fait que commencer. Déjà gorgé de sucre il retourne dans sa voiture et règle le rétroviseur. La route est droite. Le soleil brille. La voiture s’envole. Un mur. Derrière deux jeunes gens du même sexe à déterminer s’embrassent et font l’amour sauvagement. Au contraire très calmement. C’est elle qui lui avait demandé s’il avait une cigarette. Il n’avait pas répondu. Elle l’avait regardé gagner sa voiture, la pénétrer. Elle s’était tout de suite offerte à lui. Il était blonde. Avec des poiles sur les jambes. La station essence brûlait. Je me souviens très bien parce que ce jour là je n’ai pas arrêté de pleurer. J’étais tellement triste pour le vieux Pédro. Le propriétaire de la boutique depuis… Pédro n’a pas pleurer. Il était vieux. Il est mort pendant la nuit. De tristesse. Sans doute. Pedro n’avait pas de famille. Si ce n’est un chien blanc toujours sale et qui puait de la gueule. Il le suivait partout. Pedro l’aimait comme son fils. Il a brûlé avec la station. Ce sont les jeunes qui ont fait le coup. Ceux là même qui un instant encore se sodomisaient sauvagement sur ce parking. Des gros enfoirés de pédé juifs. Qu’ils crèvent ces connards. » Ce n’est que quand elle eût refermé sa bouche qu’elle se rendit compte de la vulgarité de ses propos. Une enseignante n’avait pas à dire de telles horreurs. Elle se sentait rougir. Elle lève les yeux. Aucune réaction chez les parents. Elle remet le casque du walkman sur ses oreilles. La musique l’emporte près de la mer. Elle s’y jette. Et comme l’écume après les vagues. Elle disparaît. Une autre vague. Un enfant. Sur le sable mouillé, pleure parce que la mer n’a pas eu pitié de son château.

« Que ce soit la nature ou la jeunesse, le monde est cruel. Et incompréhensible. » Ainsi s’achevait le programme télé. Elle repassait du linge. Dehors la nuit tomber [accompli]. Personne dans les rues. Parce qu’il n’y a pas de rue. Ce n’est même pas un village. Ce n’est rien. Juste un lieu pour les âmes en peine. Ce soir c’est Pedro qui y traîne. Il porte sur ses épaules un petit enfant avec une pelle en plastique bleu. Un chien les suit en aboyant. Il remue la queue. Après il ne reste que du brouillard. Blanc. Comme le reste de la feuille.