Des oursins dans la main, comme on tient une poêle brulante. La chair fondue. Le plastique et le briquet. La fumée noire. Les pots d’échappement. Le ronronnement de la circulation. Les klaxons. Les fenêtres tremblent. La musique est si forte que même le voisin ne s’entend plus éternuer. Il est dans le lit allongé. Les bras étendus. Il songe.

C’est soleil. C’est vert. Quelques tracteurs dans un champ. Les bottes de foin. La paille, ça gratte. Les chevaux et l’odeur des boxes. L’amoniac. Un coton. Derrière elle silencieusement, une ombre noire, surgit. Elle étouffe. S’endort.

Qui a enlevé Melle Rose ?

C’est la fin du CD. Le silence urbain l’empêche de réfléchir. Il prend ses clefs et le reste. Claque sa porte. La descente des escaliers fulgurante.

Depuis deux jours maintenant, nous n’avons plus de nouvelles de Melle Rose. Son ou ses agresseurs ne nous ont toujours pas contacté.

−Comment êtes-vous sûr qu’il s’agit d’une agression ?

−C’est évident, Melle Rose était bien ici. Elle n’aurait jamais voulu partir.

Melle Rose, son petit nom c’était Pathy. Elle en avait ras la casquette des Thomson, et de leurs recommandations de laboureurs. Les hommes, elle voulait y goûter . A la ville, personne ne l’en empêcherait.

−Connaissez-vous Melle Rose ?

−Oui bien sûr, c’est l’une des bibliothéquaires de la bibliothèque de notre quartier. Elle est adorable.

−Adorable, vous m’en direz tant, ne savez-vous pas ce que Jean mon mari m’a raconté.

Jean tous les mardi allait voir les prostituées. Un gendarme un jour l’a arrêté. Il pensait. S’il n’y a plus de clients, il n’y a plus de prostituées. Le chef de Jean pensait que c’était un mal à tolérer. S’il n’y a plus de clients, il n’y a plus de prostituées, s’il n’y a plus de prostituées, il y aura des viols.

Ainsi, Jean s’est fait arrêté, mais Melle Rose n’a pas été embêté, moi de mon côté je ne vais pas voir les prostituées, je vois toujours des curés, et je me dis qu’il faudrait peut-être changer les mentalités.