Je me rappelle exactement les moindres détails de la scène incroyable à laquelle nous assistâmes hier. Il pleuvait. Les gouttes d’eau picotaient les carreaux du salon bleutés par l’agonie du jour. Le feu dans la cheminée crépitait. Marie et Sarah lisaient tranquillement chacune dans leur fauteuil respectif. Moi-même, confortablement installé dans ma chaise en bout de table, je savourais du coin des yeux les dernières nouvelles du journal que fidèlement je suivais depuis mes dix-huit ans en fumant une pipe. Sur chacun de nos visages pouvait se lire le sourire si particulier du contentement absolu, ce sourire qui sous des faux airs aguicheurs de « Je suis heureux » s’avèrait être en fait le plus désespéré des appels à l’aide : « Je m’ennuie à mourir ».