«A demain» qu'il lui avait dit. Elle, distraitement, un signe de la main sans se retourner. La porte claque. Elle porte une robe de chambre blanche. Elle ferme la porte du placard du coude en tenant le paquet de céréales. Saisit un plateau de derrière le micro-onde de l'autre. A plat, les céréales dessus. Un bol jaune avec une anse cassée. Le lait dans le réfrigérateur. Se met en marche quand elle l'ouvre ouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuvvvvvr... Dans le salon. Ses cheveux bruns ondulent. Elle n'est pas bien coiffée mais c'est le matin et elle n'est pas encore sortie. Elle pose son plateau sur la table basse en verre et prend la télécommande. La télé est restée en veille toute la nuit. Des dessins animés, des vieux trucs, zapping rapide publicité, la chaîne musicale. De la merde. Elle persiste pourtant. Aime que ses yeux aient quelque chose à se mettre sous la dent quand elle mange. Plus fort qu'elle. Ca l'énerve. Son bol vide. La chaîne AV. Se lève, du bout du pied, le bouton on de la vieille playstation. Combien d'heures passées aux côtés de ce compagnon de tous les instants? Combien de fois le monde sauvé? Combien de fois, elle morte? Si comme le dit la psychanalyse, la répétition est un mécanisme nécessaire à l'acceptation des choses les plus dures, alors elle est blindée, et ne devrait pas avoir peur de mourir. Pourtant les soirs très tard, quand le ciel se bleute...

   Elle est en vacances. Les jours se ressemblent particulièrement. Elle regarde l'écran blanc sur lequel s'affiche en rouge le nom de l'éditeur du jeu. La manette dans la main. Bien installée dans le canapé. Le raisonnable écran plat. Non. Se lever. Comme une déchirure. Après tout va bien. Comme de décrocher la télé. Tellement difficile d'arrêter, encore cinq minutes. Une coupure de courant. On ne sait déjà plus ce qu'on regardait. Et on se sent si...libre. Le bouton rouge de la télécommande. Re-pied sur la console. Va prendre une douche. Habillée, séchée etc. Elle descend les marches de l'escalier, les clefs cling cling et la porte derrière elle paf. A peine sorti que le bus arrive, les quelques mètres jusqu'à l'arrêt en courant, pas facile avec ses chaussures, nouvelles et (encore) blanches. Manque de se casser la gueule sur le trottoir. Chauffeur souriant, sympas d'avoir attendu, sourire essouflé. «Merci». Les pièces vomies, petite monnaie, gros bruit, le chauffeur compte, ticket violet, glisse contre l'espèce de renfoncement, calé contre main, s'y reprendre, jamais du premier coup. Compostage. Aller vers le fond pour ne pas déranger. Le bus l'envole un peu, remous gauche droite ralentissement. Elle avance contre-bus. Se demande pourquoi si elle saute, elle ne reste pas sur place, pendant que le bus continue. Elle réalise qu'elle est prisonnière. Pas une no-life aujourd'hui. Le bus l'emmène malgré elle vers sa libération. Amusée, elle stoppe, une place libre. Pas la peine de continuer à résister. Toutefois une pensée aussi rapide que formule un dans GT devant fantôme, passe ligne de départ pour seconde fois. Et si elle courait aussi vite que le bus avance...

   Au début elle marche dans la rue et elle pense qu'elle va se faire chier. Le temps comme pour lui donner raison, quelques gouttes. Sans grande conviction. Dans les vitrines rien de passionnant. Ses pas la porte(nt) rayon manga de la Fnac. Lire à l'oeil. Ca devrait toujours être comme ça. Raconter des histoires, depuis quand on deivent un dieu pour ça... Passe dans sa tête des noms de série, la commercialisation, les séries qui n'en finissent pas, adaptations animées qui se traînent en hors série inutile. Plus beaucoup de série aussi honnête que... une pièce de un euro par terre. Chanceuse est aujourd'hui. Commence à un peu plus lui plaire. Dans gallerie marchande qui précède magasin. Les Fnac sont toujours dans des galleries marchandes. Détecteur anti-vol passé sans problème, ouf mais dans ce sens un peu normal, toujours surveillée. Même pas étonnant qu'on ne fasse pas confiance aux clients. Confiance....Tout un tas de produits devant elle. Ne deviennent des produits qu'à partir du moment où on les achète. La possession. Quelle connerie. Son carnet dans sa poche, son stylo. Si quelque chose de bien, elle le téléchargera tranquillement. La mule, l'amie de la culture des enfants de demain. Le nouveau Sauveur qui permettra aux enfant d'échapper à dictature publicité et consommation de  «artistique». Consumation. Chercher son programme, le choisir, l'attendre, plutôt que bêtement subir ceux que des gens ont choisi pour nous. Pense à la télévision. Sourit mentalement du genre à passer ce genre de connerie propagande avec un bonhomme qui vole un sac et slogan téléchargement du vol. La pauvre, elle est multi-récidiviste. Mais toujours légitime défense. Le peer to peer le cauchemar des salauds? Enfin, tout ce qu'on lui a pris, elle l'a jamais perdu, la magie d'internet, j'ai un pain, j'en multiplie autant que je veux. Jésus n'a fait que trouver contrôle C contrôle V avant tout le monde. Le champion du copier-coller. Maintenant ça devient criminel. «Ce n'est pas vital, pas comme la nourriture!». On apprend autre chose à l'école. La culture se cultive...

   Elle se rend compte qu'elle se perd dans ses pensées. Immobile devant immense étagère remplie de disques. Les gens passent il fait chaud. Pas encore trop de monde, onze heures. Mieux ici que chez elle, pourquoi ne pas en profiter?

   Avance vers fond du magasin. Quelques personnes déjà en train de siroter quelques pages. Gratuit et légal ici. Se promène dans les rayons. Connait déjà presque tout. Prend un ou deux noms et quelques volumes. S'installe et feuillette.

    «Eh, S'mine.

Elle sursaute, et lève les yeux.

- Putain tu m'as fait peur.

- Ca fait longtemps que t'es là?

- Euh, je sais pas, à mon mal de tête je dirais ouais,  il est quelle heure?

- 15H00 à peu près.

- Ah oui! Effectivement. J'ai la dalle. T'as mangé?

- Pas encore, tu sais comment c'est?

- Tu t'es encore levé à quatorze heures.»

Et ils parlent ils parlent, se sourient. Ils décident d'aller mager ensemble dans un face-foude. Trois lettres du poulet de Kentuky et des seaux énormes. Un «colonel» pour deux. Ne pas avoir peur des mains grasses. Des boissons plus grande que la contenance océan Pacifique.

 

«Comme l'océan atlantique est le seul océan qui s'ouvre sur les deux pôles, il est d'une importance capitale pour la diffusion des courants et de la salinité des eaux.

La vie d'aujourd'hui et la jeunesse. Il faut laisser circuler, sinon, c'est ,Réchauffement globale'»

Ecrit sur une serviette en papier. Avec icône du vieil homme souriant.


Ras le cul des discours des vieux cons. Pas parce qu'ils sont vieux qu'ils sont cons mais parce qu'ils sont cons ils sont vieux. La vieillesse comme la jeunesse n'existe pas, juste la mort et la disaparition. Les gens doivent changer. Confiance aveugle dans technique, rappeller Voltaire. Ils lisent le journal sur internet et ne s'intéressent pas aux voitures.

Ils marchent et discutent discutent. Elle le regarde il la regarde.

Dans les tranports en commun. Ils lisent chacun un livre emprunté à bibliothèque.

Elle l'embrasse.